Allons voir !
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Présentation
Une échappée

En proposant à des artistes de dialoguer avec des granges pyramidales et des silos, sites chargés de la vie quotidienne de notre territoire, profondément chargés de sens, cette deuxième édition de allons voir !, intitulée Une échappée, nous invite à porter un regard neuf sur la ruralité, à découvrir la richesse de ce qu’elle nous lègue, et nous laisser porter par les imaginaires qu’elle brasse. Le commissariat de l’édition 2020 est confié à Lucile Encrevé, critique d’art et enseignante à l’École nationale supérieure des arts décoratifs.


“La manifestation « Allons Voir » propose un parcours d’art contemporain au sein du Pays Fort (territoire du Nord du département du Cher en région Centre), mettant en dialogue des œuvres d’art contemporain avec le patrimoine rural local et notamment avec des granges pyramidales, anciens espaces de stockage aux immenses toitures datant du XVIe siècle. Ce projet a été construit en partenariat avec l’École Nationale Supérieure d’Art de Bourges.

La 2ème édition, titrée « une échappée », réunit sept créatrices de générations différentes au sein d’un contexte rural dans lequel la terre a longtemps été pensée comme ce qui est soumis, dominé, marqué par les hommes. Leurs œuvres, parmi lesquelles six ont été conçues spécifiquement pour les sites, se nourrissent, tout en les rendant visibles, de la proximité de ces granges imposantes : aux portes de ces dernières, criblées de trous, abîmées et comme constellées, précaires et fortes, répondent les travaux énigmatiques, offerts à nos imaginaires, de Tifaine Coignoux (Container nuage), Dominique De Beir (L’échappée belle), Lou Froehlicher (Dièse), Maria Mallo (Germen Radiolario) et Nadia Pasquer (Entre terre et ciel), qui proposent des passerelles poétiques vers un ailleurs, tandis qu’Ingrid Luche (La Porte d’Optat) et Heidi Wood (Passages) interrogent ces ouvertures (ne seraient-elles qu’un leurre ? sont-elles aujourd’hui possibles ?). Les œuvres qu’elles proposent sont à la fois puissantes et fragiles, laissant lisibles leurs questionnements sur notre monde ébranlé, en dialogue avec le contexte écologique, social et politique que nous traversons.”

L. Encrevé

Tifaine Coignoux

Container nuage, 2020
impressions sur textiles, objets

Tifaine Coignou montre des photographies argentiques imprimées sur de grands tissus, empreintes du présent (21 juin) où se lisent des espaces abandonnés, sols croisant matières naturelles et artificielles rencontrées lors de ses dérives et errances – elle trouve des échos à ses recherches dans les écrits d’écrivaines, telle Minard dans Le Grand jeu (2016) : Je me suis approchée un peu plus et dans un buisson de genêts, j’ai découvert une baignoire en fonte émaillée dont les bords étaient maculés de fiente et de résine. Le ton rose qui parcourait ses travaux découverts à Bourges, participant de leur étrangeté, évoque la pochette de l’album So Tonight That I Might See du groupe Mazzy Star, dont m’a récemment parlé l’artiste Katinka Bock au sujet du grand textile biface qu’elle a, à l’automne dernier, accroché au Centre Pompidou.

Nadia Pasquer

Entre terre et ciel, 2020
terre enfumée et ficelle

Lou Froehlicher

Dièse, 2020
photogravure sur aluminium, 14x14 cm

Katinka Bock, dont les « tableaux » abstraits se présentent comme des traces de paysages, est aussi une référence clef pour entrer dans le travail de Lou Froehlicher, qui conçoit une installation constituée d’unités métalliques, jouant avec la lumière, sur lesquelles elle a enregistré des images de matières scannées, comme autant de miroirs tendus au temps à l’œuvre (érosions et déchirures) – Elles témoignent du temps et de ses tremblements, des multiples instants qu’elles ont vus. Elles sont devenues un temps visible. La peau du temps (20 mai).

Heidi Wood

Passages (Oracle/Flip ruraux), 2020
piquets de chantier, adhésifs vinyle


Ingrid Luche

La Porte d’Optat, Ca. 325 x 330 x 340 cm
Bois, métal

Porte en bois issue d’une grange et installée dans le pré de Vailly-sur-Sauldre non loin de la grange pyramidale déplacée devenue musée, La Porte d’Optat porte le prénom de l’aïeule à laquelle appartenait cette grange.

Dans le cadre d’Allons-voir l’accent est porté sur le patrimoine architectural local des granges pyramidales. Celles-ci ont été le plus souvent déchargées de leur fonctions initiales lorsque l’activité agricole s’est modifiée et que l’outillage n’a plus été aux normes du bâti préexistant. La porte ouvrant ou fermant le passage de l’intérieur vers l’extérieur manifeste également la transition entre deux espaces de pensée ou deux temporalités. Si la porte est devenue un portique de détection et de sécurité à l’entrée de nombreux lieux publics (dans les musées, les aéroports, etc.) dans de nombreuses cultures la porte demeure une transition spirituelle.
Les jardins chinois sont souvent séparés par des portes rondes, encore appelées portes de Lune ou Moon Gate, en anglais.
Mon (門) est le terme japonais générique pour « porte », souvent utilisé, seul ou en préfixe, en référence aux nombreuses portes des temples bouddhistes, des sanctuaires shinto, des constructions de type traditionnel ou des châteaux qui ne peuvent être complètement fermées et marquent juste la transition entre le mondain et le sacré.

Dans les villes, pour entrer dans certains quartiers, on passe une porte amenée de toute pièce (si elle n’est pas le vestige d’une fortification historique) et dont la dimension esthétique est symbolique.
Il se pourrait que La Porte d’Optat manifeste ce passage entre deux temporalités.

Parole de commisaire et organisateur - Lucile Encrevé et Jean-andré Viala
Galerie
Grange du Moulin Riche, Concressault

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Grange de Vailly-sur-Sauldre (Crédits : Ingrid Luche, Courtesy Air de Paris)

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Tifaine Coignoux
Tifaine Coignoux n.r. être chercheur diplomé.e de l’Ensa Bourges.
Par-delà les territoires traversée, vague-et-bond dans les mots valises observer un paysage qui s’ouvre.
« Quelles sont vos formes ? -Pullulantes ! Pluriels ! Parlantes ! Pluridisciplinaires ! -Oùoùoùoù ? -Aux granges pyramidales, viens-ti ! -Et le regard ? -UN REGARD EN ROBE DE LIERRE. »

http://tifainecoignoux.xyz

Lou Froehlicher
Lou Froehlicher, née en 1994, débute ses études à l'Ecole Supérieure d'Art de l'Agglomération d'Annecy puis entre en équivalence en troisième année à l'Ensa Bourges. Elle y passera son diplôme de fin d'étude en septembre 2020.

Ingrid Luche
Ingrid Luche (1971, Antibes - vit et travaille à Paris) développe un travail de sculpture et d’installation portant sur la perception de l’espace retouché par la mémoire. De l’enquête à la réinvention de formes propices à la citation de ses sources, ses œuvres convoquent ouvertement celles des artistes qui nourrissent ses projets. Espaces architecturaux, aériens ou interplanétaires trouvent alors un écho dans des médias qui nous sont familiers.

Ses œuvres font partie de collections publiques et privées. Elle est représentée par la galerie Air de Paris et enseigne à l’Ensa Bourges.

http://www.ingridluche.com/